Le lavage de laines de Souvigny et son activité séculaire

Dans l'Allier - L'entreprise le Lavage de laines de Souvigny, perpétue une activité séculaire

 

Avant leur lavage, des toisons dans des ballots

Des toisons en ballots, avant leur lavage dans l'atelier de la PME

 

Proche de Moulins, le Lavage de laines de Souvigny est l'une des dernières entreprises de ce genre en France. Chaque année, cette singulière PME achète et lave plusieurs centaines de tonnes de la précieuse fibre. Pour les éleveurs intéressés, elle effectue également du lavage à façon de laine, mohair ou alpaga. 

Nécropole des Ducs de Bourbon, Souvigny, dans l'Allier, a le privilège de posséder un ensemble prieural exceptionnel. Mais, ce charmant village du Bourbonnais est en outre le siège d'une étonnante PME : le Lavage de laines de Souvigny. Fondée dans les années 1920, cette entreprise perpétue en France une activité concurrencée par le lavage à "bas coût" chinois. Courant 1996, elle a été reprise par Dominique Pecut, un enfant du "pays", brutalement décédé voilà quelques années. Peu avant, sa disparition, nous avions eu le plaisir de rencontrer cet homme affable et intarissable sur son activité. Rachetée depuis par Eric Rouanet, un client, au quotidien son entreprise est désormais gérée par Sarah Magniere, une salariée polyvalente.

 

L'un des grands bacs de lavage de la laine

L'un des bacs de lavage à l'eau chaude et au savon biodégradable

 

Des toisons ramassées en camion dans les départements

"Le lavage de laines du Bourbonnais, a été créé par Alphonse Schuman, relatait Dominique Pecus lors de notre rencontre. En 1996, Jean Schuman, mon prédécesseur, fils d'Alphonse, était depuis déjà bien des années en quête d'un repreneur."

"Avant de me lancer, dans cette activité, j'ai exercé plusieurs métiers dans notamment la carrosserie, la floriculture. Néanmoins, j'ai vite eu le coup de foudre pour le lavage et le travail de nos laines collectées à travers la France."

La PME bourbonnaise, emploie trois salariés en charge de la collecte des toisons et du tri, du lavage..., de la laine. Les toisons, sont ramassées dans moult départements ou amenées par des éleveurs dans le cadre du lavage à façon.

 

 

"A l'aide d'un semi-remorque, nous recueillons les toisons des brebis, d'éleveurs vendeurs, sur des places de village. Nous pesons les ballots puis nous remettons, à chaque éleveur, un bon d'achat, avant de reprendre la route."

"De retour dans notre atelier, nous trillons les toisons, en écartant celles trop chargées en crottes, sable ou paille. Lors de ce tri visuel et au touché, nous tenons en outre compte de la longueur, de la finesse et de la couleur de la laine."

"Certains éleveurs, nous vendent seulement quelques dizaines de kilos de toisons par an mais d'autres plusieurs tonnes. Après le tri, nous lavons, séchons, cardons et transformons ou non en plus ou moins longues nappes notre laine."

 

Dominique Pecut consulte un catalogue d'échantillons de laines

Dominique Pecut consulte un catalogue d'échantillons de laines teintées

 

Une laine, transformée en matelas, couettes, oreillers, pelottes

Entre les murs de l'entreprise, une partie, des nappes de laine, est transformée en matelas, couettes ou/et oreillers. Au fil des ans, des partenariats se sont noués avec d'autres sociétés essentiellement de la filière laine française. Variés, ces partenariats permettent à la PME de faire transformer, en divers produits, une partie des laines achetées. Des produits comme des pelottes - teintées ou non - des écharpes, des bonnets, des chaussons, des gilets, des gants.

L'entreprise de Souvigny, propose du lavage à façon de laine, de mohair et d'alpaga. Des dizaines d'éleveurs amateurs ou professionnels, peuvent ainsi faire laver les "fibres", de leurs animaux, avant leur transformation. Après lavage, les laines de ces éleveurs de brebis, chèvres angoras, alpagas, sont transformées, sur place, en nappes. Toutefois et selon les demandes, elles peuvent être transformées en fils à tricoter par les entreprises partenaires.

Selon la race ovine concernée, le mode d'élevage, la toison d'une brebis peut avoir un rendement en fibres transformables supérieur à celle d'une autre", expliquait Dominique, incollable sur tous ces aspects techniques."Une blanche du Massif central élevée en bergerie les 2/3 de l'année, donnera une toison au rendement de 40-45 %. Par contre, des brebis élevées à l'extérieur auront des toisons moins dégradées et donc avec un rendement de 60 voire 65 %."

 

Un grand matelas capitonné fabriqué à Souvigny

Un matelas, capitonné, fabriqué à la main par l'entreprise de Souvigny

 

Une couverture tissée avec des laines aux couleurs naturelles

Une couverture tissée avec des laines aux couleurs naturelles

 

Des chaussons fourrés avec de la laine de mouton

Des chaussons, d'un prestataire extérieur, fourré avec de la laine

 

Des tarifs adaptés au volume et à la qualité de la laine à laver

Les tarifs du lavage de Souvigny, varient selon, surtout, le volume de laine à laver, l'importance du tri, le cardage. Mais, les éleveurs professionnels faisant laver dix tonnes et plus de laine/an, bénéficient d'un tarif préférentiel. Sur réservation, l'entreprise de Souvigny s'ouvre aux éleveurs comme au grand public amateur de tourisme industriel. A cette occasion, ces visiteurs peuvent découvrir toutes les étapes - voir, un peu plus bas - du lavage de la laine. "Nous commercialisons nos matelas, couettes et autres produits, dans notre magasin d'usine et sur notre e-boutique sur le web. Ces dernières années, les consommateurs en quête de produits en pur laine française semblent être plus nombreux."

 

Reportage Jean-François Rivière (texte et photographies) - Des Campagnes Vivantes. ©


Pour aller plus loin : http://www.boutiklaine.frhttp://ville-souvigny.com

 

Du tri des toisons au conditionnement de la laine prête à l'expédition

L'ouvreuse destinée à retirer les impuretés de la laine

 

Une fois les toisons triées, la laine passe dans une ouvreuse destinée à retirer les impuretés comme les matières végétales, les crottes, les gravillons, tout en ouvrant les fibres.

Le principal bac de lavage de la laine

 

Grâce à une chargeuse, la fibre est dirigée dans cinq bacs de lavage à l'eau chaude chauffée à 57-58°C, au savon biodégradable et au carbonate de soude destiné à ouvrir les mèches de la laine.

L'énorme séchoir à laine de la PME de Souvigny

 

Le séchage de la fibre, s'effectue durant vingt minutes - à 100°C - dans un séchoir aux dimensions hors normes dans lequel un "bipède" pourrait sans difficulté tenir debout.

Le conditionnement de la laine lavée

 

Après lavage et traitement préventif aux huiles essentielles contre les mîtes, la laine est essorée, séchée, cardée, nappée ou non. Puis, elle est pressée et emballée dans des grands sacs.

Des nappes de laine noire avant expédition

 

"Nous vendons de la nappe à des grossistes et nous expédions de la laine à nos partenaires pour leur faire produire notamment du fil, des vêtements, de la laine d'isolation", nous précisait Dominique Pecus.

Un rachat salutaire de la petite entreprise par la société Saint-Jacques

 

Le logo de l'entreprise Saint-Jacques

 

Après le décès brutal de Dominique Pecut en 2012, le Lavage de laines du Bourbonnais était menacé de disparition. Mais, c'était sans compter sur la détermination de Sarah Magniere - secrétaire-comptable de la PME - à trouver un repreneur. Depuis mais sans changer de site, Le lavage de laines du Bourbonnais est devenu le Lavage de laines de Souvigny. Le gérant de la nouvelle entreprise est Eric Rouanet, PDG de la société Saint-Jacques - à Mazamet - et de la société Laroue. Détentrise de plusieurs marques, la SAS Saint-Jacques commercialise des chapeaux, casquettes et autres bérets. Des couvre-chefs fabriqués par des ateliers européens, avec des tissus provenant d’Italie, de Grande Bretagne et de France. De son côté, la PME de Souvigny s'est fixée comme principal objectif d'accroître son volume de laine collectée et lavée. Pour ce faire, elle étend peu à peu son rayon de collecte dans le Sud-Ouest et le Sud-Est de la France, tout remplaçant ses vieux "outils" (camion de collecte, presse à laine, etc.) de travail.

 

Quelques chiffres et un plan d'accès au Lavage de laines de Souvigny

 

Collecte 2015 : plus de 350 T de toisons.
Rayon de collecte : 400-500 km de Souvigny.
Apport minimum requis pour le lavage à façon : 200 kg.
Connexions au site boutiklaine.fr : environ 5000/mois.
Capital social de l'entreprise (Sarl) : 10 000 €.
Nombre de salariés de la PME : trois, polyvalents.

 

Investissements depuis 2012 : des dizaines de milliers d'euros.

  • 4 votes. Moyenne 4.5 sur 5.

Ajouter un commentaire